MA BIO...

Une enfance à Kaboul
Ma première « terre d'aventure » fut l'Afghanistan fin 1972 à fin 1978, période durant laquelle j’y ai vécu une petite enfance heureuse, joyeuse, riche en expérience sensorielle. Cet environnement oriental a façonné les premières facettes de mon identité.
À notre arrivée fin 1972, avec mes parents, ma sœur et mon frère, l'Afghanistan était un pays d'une incroyable beauté et force. Le cadre physique et culturel donne à voir un pays rural et montagneux, riche d'une culture profonde (poésie soufie, musique et cuisine traditionnelle). Nous arrivons sous le règne du roi Mohammad Zaher Shah, dans un pays pauvre mais encore préservé des conflits majeurs qui suivront. La communauté étrangère en tant qu’expatrié était variée et nous nous connaissions tous.
La « terre d'aventure » devient rapidement un terrain de bouleversements politiques majeurs que nous traversons mais sans impact direct en 1973 avec le renversement du roi par Mohammed Daoud Khan qui transforme la monarchie en république. Bien que Daoud cherche à moderniser le pays, son régime devient autoritaire. C’est en 1978 avec le coup d'État du parti communiste (PDPA) imposant des réformes radicales (partage des terres, droits des femmes), qui déclenche des révoltes dans tout le pays. C’est aussi la fin de notre condition d’expatrié et nous rentrons rapidement en France.
Cette période à Kaboul est le premier acte du processus résumé par mon titre : « Quand je façonne l'argile, je me façonne ». Ma pratique du champ d’argile et l'haptique (le toucher) permet de «réviser des partis-pris de mon histoire personnelle» et de transformer les « ruptures biographiques » en ressources. En qualifiant Kaboul de « terre d'aventure », je reconnais que cette terre étrangère a été la première matière malléable de ma vie, avant que l'internat de Sèvres ne devienne mon «nouveau territoire d'exploration» pour me construire par les arts où j’y trouve un espace de structuration. Alors que ma scolarité était moyenne par manque d’intérêt et que je devais m’adapter à ma nouvelle vie avec une situation familiale instable, c'est précisément à travers les arts que j’ai pu trouver ma place.
Parlons de la Maison d'enfant de Sèvres : Yvonne Hagnauer (voir sa biographie http://meirieu.com/PATRIMOINE/hagnauer.htm) qu'on appelait Goeland à la Maison d'Enfants de Sèvres est celle qui a créé une méthode pédagogique de résilience par l’art.
Son enseignement était basé sur l'observation pour permettre à des enfants terrassés de renaître à la vie, à la curiosité, à la prise de risque, l'ouverture aux autres. Cette femme, pédagogue, visionnaire, militante syndicaliste, pacifiste acharné et féministe a conçu une méthode avec une l'idée maîtresse de déterminer un centre d’intérêt comme le travail et que les enfants étudient toute l'année à travers d'ateliers à dispositions et dans toutes les classes du CP à la 3ème et décliné dans toutes les matières des maths à la céramique, de l'histoire à la danse...etc elle a mis en place une pédagogie nouvelle, inspirée notamment des idées d'Ovide Decroly, visant à développer la responsabilité, la créativité et l'intérêt des enfants.
Ce que Goeland demandait aux enfants de la Maison d'Enfants de Sèvres, c'est d'oublier leur peine, et de permettre l'oubli pour les alléger. «Se souvenir des bonnes choses plutôt que des mauvaises» c'est ce qu'elle a appelé « le droit à l'oubli ».
La résilience ne passe pas que par la parole elle peut passer par l'imaginaire, la curiosité aux autres. On peut oublier les traumas en s'intéressant aux autres. Goeland défendait l'idée qu'il fallait être à la fois intellectuel et manuel en même temps. C'est grâce à elle que je suis là à défendre des valeurs basées sur la solidarité, l'égalité des chances, l'art militant, la résilience, le dépassement de soi, la vérité et le droit d'être singulier.
Entre 1979 et 1986, l'internat nous a offert un accès privilégié à de nombreuses disciplines artistiques qui ont révélé mes facilités naturelles :
◦ La poterie : Je suivais des cours tous les mercredis à l'école de Sèvres, ce qui constituait mes premiers contacts structurés avec l'argile.
◦ La musique : J’ai appris la flûte traversière au Conservatoire de Sèvres.
◦ Les arts de la scène : Je pratiquais également la danse, le théâtre et la chorale.
Enfant timide et réservée, ces activités artistiques ont été le vecteur par lequel j’ai trouvé un moyen d’exprimer mes émotions et mes sentiments et exister en dehors de la compétition et de la performance du système scolaire classique, auquel je n'adhère pas.
Sèvres a été le berceau de mon « goûts pour les arts » et a posé les fondations de ce qui deviendra, bien plus tard, ma vocation de céramiste et d'accompagnante sensorielle. Cette période a montré que, pour moi, le geste artistique est indissociable du processus de construction de l'identité.
La Création de Héron Céramique, dans le contexte plus large de Reconversion Céramique
La création de Héron Céramique en 2013 n'est pas seulement le lancement d'une entreprise, mais l'aboutissement d'une reconversion professionnelle profonde, née d'un besoin vital de retrouver ma créativité enfouie.
1. La genèse : De la gestion à la création
Ma reconversion marque une rupture nette avec ma vie de salariée de 1992 à 2010 dont voici un résumé en quelques lignes :
· Ressources Humaines : Gestion de la paie pour 1800 ouvriers d'État chez DCNS, relations sociales et audit.
· Informatique : Acquisition d'un DPCT en Génie Informatique (Niveau III) au CNAM par pure volonté d'apprendre.
· Gestion de Projet : Chef de projet chez France Télécom, pilotage d'équipes et déploiement de systèmes complexes.
· Polyvalence : Passage par l'immobilier (Laforêt), l'industrie (Aceria, Danone) et l'associatif.
Ne voyez pas ces dix-huit années comme une erreur de parcours, c'était une phase d'incubation. En traversant ces domaines, j’ai acquis la rigueur, la gestion de projet et la force nécessaires à l'entrepreneuriat. Chaque expérience en entreprise a été un ingrédient de ma future solidité.
C'est la naissance de mon fils en 2009 qui bouleverse ma vie et réveille mon désir de création. Un véritable déclic !
Entre 2011 et 2012, je me forme auprès de maîtres potiers (Sophie Houdebert en Dordogne et Matthieu Liévois à Séné) pour acquérir tant les techniques ancestrales (gallo-romaines, sigillée) que le tournage, les émaux et la conception de collections. Ce retour à la terre est merveilleux et vital, un moyen de m’apaiser et de me ressourcer.
2. La naissance et l'essor de Héron Céramique (2013)
J'ouvre mon premier atelier à Auray, autofinancé par mon épargne. Dès le départ, Héron Céramique repose sur deux piliers : la production de poteries et l'éveil sensoriel.
Je développe des outils pour les structures de l'enfance, de la crèche à l'école, convaincue que les mains sont la « meilleure boîte à outils » de l'enfant pour acquérir sa propre vitalité. C’est mon engagement pédagogique et artistique qui me fera travailler avec de nombreuses structures de l’enfance et les collectivités locales.
En tant qu'adhérente aux Ateliers d'Art de France, syndicat des métiers d’art, je consolide ma posture d’entrepreneure des métiers d’art (storytelling, merchandising, export...).
Mes premières expositions présentaient le fruit de mon travail céramique à la fois vaisselles et utilitaires tournées en terre de grès et des pièces uniques en terre de faïence sigillée. Je travaillais les deux techniques en parallèle dans mon atelier et vendais mes créations sur place, tout en exposant sur des salons d’art, marché de potiers et de créateurs, boutiques. Je consacrais tout mon temps à l’art céramique.
En plus de produire, j’animais de nombreux ateliers céramiques pour des stagiaires et en structure pour les enfants. Je sentais l'importance du contact avec la nature pour les tout petits et les grands. Ma soif de les enrichir m’a ouvert de nombreuses portes pour leur proposer des ateliers uniques en art de la terre.
Ma créativité céramique se concentre sur cinq collections
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2014 Collection Eternité : La découverte du Cairn de Gavrinis à Larmor Baden remonte à 2014. Au contact des stèles du cairn avec cette écriture néolithique, j’ai senti qu’elle s'imprègnait en moi. J’ai réalisé en 1 an une collection de 17 pièces uniques au colombin et sigillée dont mon urne funéraire.
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2015-2020 Collection Hylé : Je me suis passionnée pour les arbres et leur nature, écorce, racine, verticalité, leur droit (initiatrice du GNSA Auray). Première collection en 2015 en grès noir texturée proche de l’écorce. En 2020, je forme une stagiaire de l’école Duperré sur une série de pot figuratif racontant des contes dans les forêts (16 pièces uniques en faïence sigillée)
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2016 Collection Yoni et offrandes : En 2016, j’ai travaillée sur des céramiques symboliques, thérapeutiques, spirituelles représentant la matrice et l’archétype féminin avec des rituels créatifs contemporains et cercles de femme pour des clientes et des entrepreneures œuvrant pour le féminin sacrée.
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2018 Les Urnes funéraires : J’étudie le droit funéraire en autodidacte et commence une série d’urnes réalisées au colombin et sigillée pour une clientèle ciblée en quête du bel objet. Des pompes funèbres me commandent des urnes sur mesure. Je me passionne pour la conception d’urnes artistiques et d’accompagnement au deuil et au façonnage de sa propre urne ou celle d’un proche.
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2021 Collection « cycles » : Les céramiques marquent une rupture de style puisqu’elles ne seront plus enfumées et leur blancheur ainsi que leur forme marquent un tournant dans ma création avec une construction du contenant associée à la structure humaine symbolique. La colonne vertébrale prend vie.
Mon parcours est aussi marqué par des épreuves qui ont redéfini ma mission.
En 2018, je change d’atelier à Saint-Goustan. Ma créativité s'oriente en partie vers le funéraire en façonnant des urnes artistiques et l'accompagnement du deuil.
Je réalise que la production d'objets est de moins en moins ma priorité. Je m’oriente vers le bien-être et la connaissance de soi. Héron Céramique devient le socle d'une pratique où l'argile est un « support de l'inconscient à mettre en lumière ». Je me forme à l’accompagnement au Champ d’argile à Paris pendant trois ans. J'accompagne entre 2019 et 2022 une quarantaine de femmes et d'enfants à un mieux-être en levant les blocages.
Le passage de mon métier de céramiste
à celui d'accompagnante éducative et sensorielle
Mon mantra, « Quand je façonne l'argile, je me façonne », résume cette transition où l'acte technique de l'artisan est devenu un processus thérapeutique et identitaire.
Voici comment cela s'articule dans mon parcours :
1. La céramique comme outil de reconstruction personnelle
Mon retour à la terre en 2011 n'était pas qu'une reconversion professionnelle, mais un besoin « vital » de retrouver ma créativité après des années dans le salariat qui ne devenait plus satisfaisant et surtout où ma créativité n’était pas attendue.
La terre qui soigne : Après une enfance marquée par l'exil (Kaboul) et l’internat, l'argile a été le médiateur qui m’a permis de m’apaiser et de me ressourcer .
Le passage de l'objet au sujet : Au début de mon activité de céramiste, j’étais centrée sur la création d'objets céramiques. Cependant, j’ai constaté assez tôt que l'acte de façonner aidait les autres.
2. La révélation de l'haptique : du « faire » à « l'être »
La transition s'est opérée lorsque j’ai découvert que la production n'était plus ma priorité. Ma formation au Champ d'argile® (2018-2022) a donné un cadre théorique à ce que je ressentais intuitivement.
a) Le miroir de soi : L'argile enregistre chaque geste. En touchant la matière, on ne crée pas seulement une forme extérieure, on fait l'expérience de soi-même.
b) Le renforcement du « moi » : Selon les principes de l'haptique, c'est le mouvement des mains qui permet au « moi » de se reconstituer et de se renforcer. En façonnant l'argile, l'individu « se prend lui-même en main » et accède à sa propre verticalité.
3. L'accompagnement comme mission éducative et sensorielle
Je n'enseigne plus seulement une technique, j’accompagne un processus de devenir.
J’ utilise le sens du toucher comme un moyen de construire ma propre vitalité et de gagner en confiance en soi. Le jeu avec l'argile permet de matérialiser ma réalité intérieure.
Mon expertise me permet d'aider les personnes à transformer leurs « blessures» en ressources. Je souligne que l'œuvre finale n'est pas l'objet d'argile, mais la personne elle-même qui s'est transformée au contact de la matière.
Je témoigne de mon passage d'une pratique où je donnais forme à la matière (céramiste) à une pratique où je facilite l'émergence de la forme chez l'autre (accompagnante), tout en continuant mon propre cheminement de « certitude immédiate et incarnée » de mon existence.
